Carnets – Goliarda Sapienza

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Écrire un journal relève de l’intime. De la relation de soi à soi. Alors être en mesure de lire le journal de quelqu’un d’autre, c’est une autorisation très spéciale, une confiance qui nous est accordée, et une faveur inestimable. Car celui qui décide ainsi de vous ouvrir les pages de son monde, vous offre, par la même occasion, toute sa vulnérabilité. Le format du journal a ce pouvoir magique. Il est un révélateur d’authenticité. C’est ce qui en fait la beauté, et la brutalité. On s’y découvre forcément inconstant, imparfait, profondément humain.

« Je le sais, je suis en train d’écrire comme une enfant qui se lamente, mais ça fait parfois du bien de réduire même les concepts les plus sérieux et les plus savants à quelques mots simples d’enfant. Revenir au language enfantin: gentil, laid, beau, caca. Quel soulagement. »

Mais quand en plus, il s’agit du journal d’un.e écrivain.e ou d’un.e artiste, il nous ouvre également les portes des coulisses délicieuses de la création ! C’est cette relation au processus créatif qui me fascine dans ces récits intimes. La raison pour laquelle je ne me lasse pas de lire les carnets, les cahiers, les journaux ou même les correspondances, laissés par les artistes de ce monde. Ils renferment, pour moi, les plus grands trésors…

«  C’est la nuit qui teinte de couleurs sombres ce qu’on « traverse »: couleurs trop sombres… C’est pour cela que je n’aime pas écrire de nuit, jamais de nuit. C’est n’est qu’avec le jour que les mots, même les plus atroces, se teintent d’aube solaires. »

Alors lorsque j’ai appris qu’une édition des Carnets de Goliarda Sapienza avait été publiée en français, je n’ai eu de cesse que de pouvoir la lire. J’avais été particulièrement touchée par « L’art de la Joie » dont je vous avais parlé ICI. Et, à l’époque, j’avais été bouleversée par la force de vie, la capacité d’analyse, et la conscience politique de son autrice. Pouvoir ainsi plonger dans les 17 dernières années de sa vie, représentait une occasion inespérée de faire sa connaissance post-mortem.

Et de fait, lire ses réflexions, ses doutes, ses colères, a ravivé le lien qui s’était tissé entre nous, à la lecture de « L’art de la joie ». J’ai partagé des bribes de son quotidien, certaines de ses douleurs, profité de la sagesse décomplexée avec laquelle elle accueille la vieillesse dans tous les aspects de sa vie.

« Dans les unions heureuses comme la été la notre il ne reste que la voie ancestrale de devenir, moi, mère, sœur, amie, et, sans trop de préjugés, de laisser le cycle s’accomplir, comme il advenait en un temps lointain dont nous ne possédons plus l’histoire mais qui palpite, avec ses enseignements, aux racines de notre corps. »

Je me suis fait un plaisir d’annoter ses pages de mes propres commentaires. Laissé, ça et là, des traces de ma propre histoire. Et lier ainsi, un peu plus, nos deux univers.

« Nos amis sont les témoins de notre façon d’être vivant, en nous voyant vivre ils ont été le miroir de nos actions. »

Carnets - Goliarda Sapienza
 Editions Le Tripode.

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