Marilyn forever

C’est l’histoire d’une photo qui me poursuit. Une photo de Marilyn Monroe, lisant nonchalamment dans son canapé.

Je la vois dans un magasin, et je suis tout de suite emportée dans un autre monde. Tout à coup, un lien inattendu se crée avec cette icône absolue. Je reconnais cette attitude si familière, le rapport à la lecture, aux livres. Je pourrais être elle, elle pourrait être moi. Cette photo m’attire au delà de tout rationnel, et pourtant, je n’écoute pas. Je me rappelle à l’ordre, je n’en ai pas besoin. Ah ce cerveau castrateur qui rationalise l’inspiration pour mieux la contrôler ! Mais l’inspiration n’a pas dit son dernier mot et change de technique. Elle choisit son arme la plus efficace : l’obsession. Cette image de Marilyn prend possession de mon esprit, au point de m’imaginer en écrire un roman. Je ne connais pas bien l’histoire de Marilyn, mais ce qui m’intéresse ce n’est pas la réalité, plutôt le fantasme qu’elle véhicule. Cette idée me séduit, je la laisse mûrir doucement dans un coin de mon cerveau. L’écriture a besoin d’excitation pour nourrir l’imaginaire, et quel plus beau sujet que Marilyn pour susciter le désir, sous toutes ses formes?

Le temps passe, et rien ne se passe car je travaille sur d’autres projets. Et puis synchronicité incroyable, au détour d’un article sur Joyce Carol Oates, je découvre que ce roman que je fomente dans ma tête depuis quelque temps, elle l’a écrit ! Celui là, exactement. Un récit qui retrace la vie de Norma Jeane Baker par les yeux de son autrice, se nourrissant du mystère et des fragilités qui entourent cette personnalité hors du commun. C’est « Blonde », dont je ne saurais que trop vous conseiller la lecture. J’ai été happée par ce roman fleuve qui oscille si bien entre fiction et réalité. Une interprétation saisissante du parcours d’actrice de Norma Jeane Baker. La vision d’une autrice sur Marilyn, une starlette créée de toute pièce par les Studios d’Hollywood. JCO y brosse le portrait d’une sensibilité hors du commun, et rend à la femme icône toute l’humanité dont la légende la dépourvue malgré elle. J’ai été éblouie par le processus créatif de JCO, qui par des trésors d’empathie, dévoile certainement plus de vérités sur l’actrice qu’aucun documentaire ne le fera jamais. En tous les cas, c’est ce qu’il me plait de croire.

"Tous les films qu'elle faisait, si différents fussent-ils les uns des autres, ils trouvaient moyen de la déprécier : "Cette nana ne sait pas jouer. Elle ne joue que son propre rôle." Mais c'était une actrice-née. Un génie, si on croit au génie. Parce que Norma Jeane n'avait aucune idée de qui elle était, et qu'elle devait remplir ce vide en elle. Chaque fois, elle devait inventer son âme. Nous autres, on est tout aussi vides; peut-être qu'en fait tout le monde a l'âme vide, mais Norma, elle, le savait."
"Elle était "Marilyn"... non, elle était "Angela"... elle était Norma Jeane jouant "Marilyn" jouant "Angela"... comme une poupée russe où des poupées plus petites sont contenues par la poupée la plus grande qui est la mère..."

Une mise en abime qui m’a donné envie de découvrir Norma Jeane dans son intimité, par le biais d’un autre livre que j’avais dans ma bibliothèque depuis plusieurs années. « Fragments » a la particularité de montrer la face cachée de Marilyn. Je suis une amoureuse de la littérature du vivant : les journaux intimes, les correspondances, les autobiographies des artistes me passionnent. De ce point de vue, ce livre est une mine d’or, proposant des clichés de nombreuses carnets de l’artiste, écrites à la main. Les poèmes, les écrits intimes, les lettres. On y découvre une créativité vivace et indomptée. Des écrits désordonnés et touchants qui montrent la profondeur d’une personnalité que l’on a tout fait pour faire paraître superficielle. On peut donc lire les notes manuscrites dans le texte, un pur moment de bonheur.

Voici un extrait. C’est une émotion profonde pour moi de pouvoir déchiffrer  l’écriture manuscrite de l’actrice. Toutes les pages écrites à la main sont retranscrites à la machine et traduites dans le livre.

Une occasion de me replonger dans la filmographie de Marilyn. Et après la lecture de « Blonde », je les regarde très différemment, preuve de l’impact que ce roman a eu sur moi. Chaque rôle dévoile une nouvelle facette d’une personnalité qui ne cessera de me fasciner, et de m’inspirer. <3 <3 <3

Bilan lecture de Mars 2020

Salut à toi, ami.e des Lettres,

Ce mois-ci, j’ai terminé 4 livres TRÈS différents: 1 roman, 1 récit autobiographique (je les adore !) et 2 BD. Je t’en parle en quelques mots et une vidéo, pour te donner une impression 3D de ces univers dans lesquels j’ai eu le plaisir de voyager ses dernières semaines. Et toi? Tu as lu quoi dernièrement ?

Jours barbares – William **
Roman autobiographique auréolé d’un Prix Pulitzer, mais ce n’est pas cela qui m’a décidé à me lancer dans le flux et le reflux de ces plus de 500 pages. Ce qui m’a attiré, c’est l’histoire d’une obsession. L’histoire d’un homme, au parcours de Grand Reporter dans les endroits les plus dangereux du monde, qui consacre un livre entier à sa passion : le surf. Cette addiction qui a pris possession de son âme et dont il n’a assumé l’existence au grand jour que très récemment. Car à ses yeux, surfer pouvait nuire à son image et sa crédibilité en tant que journaliste. Il est vrai que l’on parle des années 1950 à nos jours et la perception de ce sport à beaucoup évolué depuis quelques années. Ce qui m’a attiré, c’est ce rapport à l’océan et à l’insaisissable. La lecture de ce livre s’est faite sans réel effort et pourtant, je reste sur ma faim, un peu déçue par la simplicité de ce récit chronologique dans lequel je n’ai pas trouvé les explications ou même les émotions que j’attendais. Je ressors de cette lecture, comme bousculée par les vagues successives de ce parcours, mais sans les sensations de fatigue mêlée d’exaltation que j’espérais ressentir. Je n’ai sans doute pas accroché avec l’écriture tout en retenu de Mr Finnegan. Je me sens bien plus touchée par son visage ridé encore émerveillé par ces moments, lorsqu’il les raconte à la camera.

Just Kids – Patti Smith ****
Je ne suis pas très rock. En terme de goûts musicaux, je veux dire. Je fais régulièrement des tentatives et j’apprécie certains morceaux, mais cela n’est pas la musique vers laquelle je me tourne naturellement. En revanche, je reste en admiration béate devant de nombreux chanteurs et chanteuses de rock. Une énergie créative inégalable que je trouve d’une grande inspiration. Des personnalités souvent hautes en couleur, dont la vie en elle-même est une œuvre à part entière et dont les textes écorchés percutent une partie de mon amie, meurtrie comme eux. Kurt Cobain, David Bowie, Keith Richards, Mick Jagger, Janis Joplin, Courtney Love, Patti Smith,… Autant de destins incroyables et d’artistes de talent dont la créativité déborde et éclabousse avec une intensité incroyable. Patti Smith représente pour moi l’une de ces forces de la nature et j’ai énormément apprécié de découvrir les coulisses de son intimité. Ce que j’ai découvert est bien loin de ce que je m’imaginais, mais pas moins galvanisant, bien au contraire ! Je suis tombée sous le charme de cette simplicité, cette générosité de cœur, cette humilité naturelle et surtout cette sensibilité à la beauté qui m’a profondément touché. Première lecture d’un livre de Patti Smith, et certainement pas le dernier ! Je rêve maintenant de me plonger ses recueils de chansons et de poésie !

Le serpent d’eau – Tony Sandoval ****
Une magnifique découverte que l’univers onirique et tendrement sombre de Tony Sandoval. Le mois dernier, je lisais « Mille Tempêtes » et ce mois-ci, je n’ai pas résisté à l’appel du « Serpent d’eau ». Je me suis laissé envoûtée par le style singulier de cet auteur : des traits fins, pleins de poésie, et une hypersensibilité au monde, le visible et l’invisible, que l’aquarelle retranscrit avec beaucoup de délicatesse. Les histoires de Tony Sandoval constituent pour moi comme des bulles de songes dans lesquelles je me laisse flotter, l’espace d’un instant. Un moment irréel et émouvant. L’histoire est à la fois simple et profonde, tout ce que j’aime. Mon seul regret, mais qui pourrait s’appliquer à beaucoup de BD, c’est que j’ai trouvé cette parenthèse trop courte. Mais j’imagine que ce n’est pas vraiment une critique !

Rendez-vous à Phoenix – Tony Sandoval ***
Et oui, vous allez vous y faire, quand j’apprécie un auteur, je passe souvent en mode obsessionnel ! 😉 En tout cas, je m’intéresse souvent à l’auteur ou l’autrice derrière l’œuvre et cette BD a répondu à ma curiosité. En effet, rien à voir, en terme d’ambiance et surtout d’histoire, avec les autres BD de cet auteur, puisqu’il s’agit ici d’un récit autobiographique. Tony Sandoval est un scénariste et dessinateur mexicain qui a du émigrer illégalement de son pays pour espérer vivre ses rêves d’auteur. Et c’est ce moment charnière dans sa vie et sa carrière que l’auteur a décidé de nous partager. À l’heure ou les mouvements de migration humaine sont plus que jamais d’actualité, je trouve important de comprendre l’impact émotionnel que représente pour un migrant le fait de fuir son pays pour tenter une autre vie ailleurs. Cette BD nous raconte l’un de ces ponts vers cette vie lorsqu’elle nous échappe dans son propre pays.