La compétence de créer – C. Pépin

« Sauf à manquer de lucidité, nous ne serons jamais complètement rassurés. Il faut donc que notre compétence soit davantage que notre capacité à répéter ce que nous savons déjà faire. Elle doit devenir le terrain de développement de notre créativité. L’occasion d’une véritable présence à soi. »

Charles Pépin –  » La confiance en soi »

On a beau pester, moi la première, sur les conditions sanitaires actuelles et sur cette incertitude qui devient une constante, elle nous amène à des prises de conscience que je trouve assez universelles et essentielles. Pour ma part, c’est grâce à cette année passée à combattre ce virus, que j’ai compris l’importance, pour moi, de trouver un moyen d’apprécier l’inconnu et d’en tirer le meilleur. Me nourrir de cette vulnérabilité pour trouver un équilibre plus subtil, et aussi plus conscient.

Je ne dis pas que c’est facile, et que c’est un plaisir de tous les instants. Se remettre en cause, et chercher toujours de nouvelles manières de se réinventer, ne constituent pas chez moi, un mécanisme naturel et spontané. Je dis juste, que c’est un processus qui me rend vivante, et qui me fait progresser, bien plus concrètement, que tous ces moments où j’étais en contrôle, ces moments où j’étais une experte, une personne compétente.

Développer la confiance dans sa capacité à rebondir, plutôt que dans sa capacité à faire, telle ou telle action. Ça change tout. C’est un lâcher-prise vertigineux et excitant. Un saut en chute libre où l’on se surprend à atterrir, tout en délicatesse, dans un bonheur euphorique. Un bonheur, que l’on sait désormais possible, mais qui n’en devient pas pour autant systématique, et c’est ce qui en fait sa beauté.

Trouver en soi, suffisamment de sécurité pour oser tenter quelque chose de différent. Trouver dans le soutien de ses ami.e.s, de sa famille, de collègues bienveillants, suffisamment d’encouragements, pour essayer une autre façon de faire, de travailler, de s’amuser, de vivre, d’aimer.

Alors, à la veille d’annonces gouvernementales qui vont nous dicter de nouvelles contraintes, dont nous nous serions bien passé.e.s, je pense qu’il est important de nourrir cette part là de nous. Cette part de nous qui sait créer. Celle qui sait se réinventer et créer de petits trésors, avec presque rien, juste l’essentiel.

Je vous souhaite donc le courage et l’élan nécessaire à cette foi en la vie.

Belle semaine !

La langue est la limite – L. Wittgenstein

« Les limites de ma langue sont les limites de mon univers. »

Ludwig Wittgenstein

La semaine dernière, j’ai assisté à une conférence sur l’écriture inclusive et l’écriture ouverte. Un moment pour m’interroger sur ma propre langue, et sur l’impact qu’elle peut avoir sur ma façon de penser. Une discussion qui pose la question de l’égalité Femme/Homme du point de vue de la structure même de notre langage. En effet, la langue française possède cette particularité de ne pas avoir de neutre, alors que cette troisième voie existait pourtant, dans le latin dont elle est issue. Cela veut dire, qu’à un moment de notre histoire, le masculin a raflé la mise, et sous couvert de vulgarisation, nous y avons perdu une richesse de genre, dont l’impact nous rattrape aujourd’hui.

Les mots façonnent notre quotidien et notre Vision du Monde. La psychologie positive nous rappelle de faire attention aux mots que nous employons, pour parler à notre entourage, où à nous-même. Car rien n’est anodin. Et devenir attentif à la façon dont on s’exprime, c’est aussi prendre soin de soi et de la réalité que l’on nourrit.

Les débats actuels sur l’évolution du français, sur la féminisation des noms de profession, et de la quête d’une écriture inclusive, font grincer bien des dents. Résistance naturelle au changement ou bien combat stratégique ? Pour ma part, je crois que s’autoriser à remettre en cause sa langue, la façon dont on s’exprime au quotidien, c’est ouvrir le champ de possibles et remettre la vie au centre de nos échanges. C’est la source de beaucoup d’espoirs.

« Quand un mot n’est pas employé, c’est comme si le concept n’existait pas. »

Chloé Delaume

Une langue vivante est une langue qui évolue. Et sans pourtant faire partie de l’Académie française, je crois que nous avons, chacun et chacune, à notre portée, les moyens de faire évoluer cette langue. Décider de remettre à l’honneur un mot oublié comme « sororité », tel que nous incite à le faire Chloé Delaume, c’est s’offrir la possibilité de déployer la solidarité entre femmes, qui est loin d’être intégrée à notre culture contemporaine.

Cette semaine, je voudrais donc que nous portions attention à la façon de parler et d’écrire pour soutenir et encourager l’inclusion. Regarder comment redonner de la place à ce neutre disparu et qui permettrait d’arrêter d’opposer, à tort, le féminin au masculin. Je crois qu’il n’existe pas qu’une seule réponse à cette question, mais que nous avons besoin de la bienveillance et de la créativité de tous.tes pour construire la langue et le monde d’après.

Une belle semaine !!

Oser troubler l’harmonie pour construire la paix – Dalaï Lama

« La paix ne signifie pas l’absence de conflits ; les divergences seront toujours là. La paix, c’est trouver des solutions pacifiques à ces divergences, par le dialogue, pas l’éducation, par la connaissance, et toutes les voies humaines. »

Dalaï Lama

Depuis que je m’engage vers plus d’égalité hommes-femmes, je me rends compte du bouleversement que cela engendre. Un bousculement de tous les corps : intellectuel, émotionnel, physique, spirituel. Cela serait si simple de ne rien dire, et de continuer comme avant. Questionner le réel, débusquer les injustices, réveille des blessures enfouies, que l’on préférerait oublier.

Je m’aperçois que cela demande un effort qui peut s’apparenter à une violence, de vouloir faire évoluer les mentalités. Que cela trouble une certaine harmonie qui s’est construite sur une soumission à un ordre qui pourrait être acceptable, s’il ne détruisait pas, à petit feu insidieux, le lien qui nous unit les uns aux autres, les unes aux uns.

Je prends conscience que contribuer à construire la paix, demande parfois de troubler une harmonie complaisante. Oser remettre en cause un ordre établi constitue un arrachement compliqué, car il demande de faire le deuil de cet équilibre dysfonctionnel. Heureusement, le Dalaï Lama nous rappelle, que la paix réside avant tout dans nos actes, nos revendications, nos intentions, à chaque instant. Il nous donne le courage de dépasser le confort d’une paix apparente, pour oser contribuer à une paix plus concrète, et plus authentique.

La difficulté, est effectivement, de trouver de la douceur pour accompagner la violence que constitue le fait d’opérer ces changements. La nature humaine résiste, c’est sa réaction la plus primale. Mais la force de l’humanité est aussi de savoir dépasser ces résistances, pour continuer d’évoluer, de s’améliorer.

Cette semaine, je souhaite attirer l’attention sur cette douceur à remettre au cœur de nos façons d’agir au quotidien, pour accomplir les changements nécessaires à notre évolution. Je crois qu’il est important de rester intransigeant sur les valeurs auxquelles on croit, mais qu’il est néanmoins toujours possible de les incarner avec bienveillance et ouverture. Faire appel à toute notre créativité, pour échanger, éduquer, transmettre, en prenant soin de soi et des autres.

Une très belle semaine à toutes et à tous !