La langue est la limite – L. Wittgenstein

« Les limites de ma langue sont les limites de mon univers. »

Ludwig Wittgenstein

La semaine dernière, j’ai assisté à une conférence sur l’écriture inclusive et l’écriture ouverte. Un moment pour m’interroger sur ma propre langue, et sur l’impact qu’elle peut avoir sur ma façon de penser. Une discussion qui pose la question de l’égalité Femme/Homme du point de vue de la structure même de notre langage. En effet, la langue française possède cette particularité de ne pas avoir de neutre, alors que cette troisième voie existait pourtant, dans le latin dont elle est issue. Cela veut dire, qu’à un moment de notre histoire, le masculin a raflé la mise, et sous couvert de vulgarisation, nous y avons perdu une richesse de genre, dont l’impact nous rattrape aujourd’hui.

Les mots façonnent notre quotidien et notre Vision du Monde. La psychologie positive nous rappelle de faire attention aux mots que nous employons, pour parler à notre entourage, où à nous-même. Car rien n’est anodin. Et devenir attentif à la façon dont on s’exprime, c’est aussi prendre soin de soi et de la réalité que l’on nourrit.

Les débats actuels sur l’évolution du français, sur la féminisation des noms de profession, et de la quête d’une écriture inclusive, font grincer bien des dents. Résistance naturelle au changement ou bien combat stratégique ? Pour ma part, je crois que s’autoriser à remettre en cause sa langue, la façon dont on s’exprime au quotidien, c’est ouvrir le champ de possibles et remettre la vie au centre de nos échanges. C’est la source de beaucoup d’espoirs.

« Quand un mot n’est pas employé, c’est comme si le concept n’existait pas. »

Chloé Delaume

Une langue vivante est une langue qui évolue. Et sans pourtant faire partie de l’Académie française, je crois que nous avons, chacun et chacune, à notre portée, les moyens de faire évoluer cette langue. Décider de remettre à l’honneur un mot oublié comme « sororité », tel que nous incite à le faire Chloé Delaume, c’est s’offrir la possibilité de déployer la solidarité entre femmes, qui est loin d’être intégrée à notre culture contemporaine.

Cette semaine, je voudrais donc que nous portions attention à la façon de parler et d’écrire pour soutenir et encourager l’inclusion. Regarder comment redonner de la place à ce neutre disparu et qui permettrait d’arrêter d’opposer, à tort, le féminin au masculin. Je crois qu’il n’existe pas qu’une seule réponse à cette question, mais que nous avons besoin de la bienveillance et de la créativité de tous.tes pour construire la langue et le monde d’après.

Une belle semaine !!

Le bilan de fin d’année

À quelques jours de fêtes, je me retrouve dans les derniers préparatifs pour 2021, avant un repos salutaire. J’espère qu’il en est de même pour vous.

Cette période met souvent la famille à l’honneur, mais pour ma part cela fait déjà plusieurs années que je la vis plus comme une phase de recul où je prends le temps de faire le bilan de l’année, et d’exprimer toute la gratitude pour tout ce que j’y ai vécu. Cette année est assez spéciale, il faut en convenir, et par de nombreux aspects, j’ai eu le sentiment que nous avons, toutes et tous, été poussés dans nos retranchements. Cette année a remis en cause nos représentations à tellement de niveaux. Nous avons été bousculés dans notre façon de travailler, d’être en lien avec les autres, et aussi dans l’idée de ce que nous nous faisions de ce qui est véritablement « essentiel » à nos vies. C’est prise de conscience constitue un cadeau inestimable, malgré la souffrance que cela a aussi généré pour beaucoup, et que je ne cherche pas à minimiser.

Faire le bilan est une activité cruciale dans mon propre fonctionnement et il passe toujours par le format écrit. C’est plus fort que moi, j’ai besoin de mettre des mots sur ce que je vis, sinon j’ai presque l’impression que cela n’a pas vraiment eue lieu ! Cette année, pour m’accompagner dans cette phase rituelle de ma fin d’année, j’utilise le Workbook partagé généreusement par Susannah Conway, dont j’apprécie énormément le travail, et qui s’intitule « Unravel your year 2021 ». Ce document PDF gratuit (en anglais) est un guide pour toutes celles et ceux qui souhaitent prendre le temps de ce bilan. Je vous ai intégré le lien ICI pour ceux et celles que cela tente.

Vous le savez, je suis un fan inconditionnelle de la pratique de Journal, et dans le bilan, je trouve que l’acte d’écrire à la main est d’autant plus important qu’il permet d’ancrer les réflexions dans le réel. L’écriture manuscrite nous oblige à ralentir, à prendre le temps de formuler les choses, et c’est un processus que je trouve très apaisant et structurant. J’adore l’idée de prendre le temps de clore l’année 2020, avant de commencer à formuler des intentions pour la nouvelle année. Ce Workbook accompagne assez naturellement le processus. J’en fait quelques pages par jour, un peu comme je ferais une page de mots croisés pour me détendre. C’est l’occasion de me poser, de prendre du temps pour moi, et de déposer tout le stress que cette année a généré.

C’est aussi le moment pour me remémorer des souvenirs de cette année. Une façon pour moi d’apprécier aussi ce temps passé si vite. Plus je vieillis et plus je prends conscience du cadeau précieux que chaque année apporte. Trouver les mots pour la décrire est une manière pour moi d’honorer ce que j’ai vécu, et aussi de clarifier les graines que je souhaite semer pour l’année qui arrive. C’est l’occasion d’ajuster les pans de ma vie où je me sens encore loin de mes rêves. J’ai toujours pensé que préparer son voyage représentait 50% du plaisir des vacances. Je crois qu’il en est de même pour nos vies. Prendre le temps de visualiser ses rêves, de formuler ses intentions, de les exprimer aussi clairement que possible, c’est commencer à les vivre.

Et vous? Quel est le souvenir de 2020 que vous aimeriez chérir? Quels sont ceux qui constituent des prémisses pour 2021 ?

La poésie qui fait du bien aux femmes

Lire de la poésie est une nouvelle activité pour moi. En réalité, j’ai commencé à en lire de manière plus régulière pendant le premier confinement. Ce fut l’un des meilleurs bénéfices collatéraux de cette période ! J’ai donc pensé, que ce deuxième confinement était le moment idéal pour vous partager le bonheur que j’ai trouvé dans ce format littéraire qui peut paraître un peu désuet, mais qui renferme des trésors inestimables.

« Women are some kind of magic » est une trilogie de recueils de poésie sur les thèmes de l’abus, de la violence faite aux femmes et surtout de la reconquête de leur puissance propre. J’ai découvert Amanda Lovelace à l’occasion de mes recherches sur le féminisme et de la littérature qui encourage les femmes dans leur quotidien. À ce jour, ces petits livrets ne sont malheureusement pas encore traduits en français, mais je vous en partage quelques morceaux choisis dont la compréhension devrait être assez accessible pour tous les niveaux.

La spécificité de la poésie pour moi, c’est son intensité. En quelques mots à peine, on est touché. La rime n’est pas obligatoire. L’émotion en revanche est au cœur de chaque phrase. Le sens est secondaire, car ce qui compte, c’est d’ouvrir son cœur à la beauté des mots. À la musique de la langue. Aux résonances qui nous soulèvent le corps et l’âme. Et quand en plus le message qu’il révèle est un hymne à la puissance des femmes, il devient une incantation, une véritable magie qui a pour but de matérialiser un monde meilleur et plus juste pour toutes et pour tous.

Le féminisme que cette poétesse exprime dans son art consiste à encourager les femmes à prendre leur autonomie. Pas dans un désir d’indépendance farouche vis a vis des hommes, mais plutôt dans un souci d’égalité et d’harmonie. Hommes et femmes, nous avons tous droit à déployer le meilleur de nous-même. Ces trois recueils s’emploient à ré-écrire les scénarios de vie qui ont depuis trop longtemps muselé la puissance des femmes. Cette nouvelle mythologie de la Princesse, de la sorcière et de la sirène, crée de nouvelles références, enfin positives, pour reconstruire une réalité qui soit plus fidèle aux valeurs de respect et d’entraide que chaque être humain est en droit de vivre au quotidien.

J’ai trouvé la lecture de cette poésie à la fois vivifiante et apaisante. J’espère qu’elle pourra également vous plaire. N’hésitez pas à me faire part de vos réactions. Je suis également preneuse de vos recommandations sur les lectures qui nourrissent votre propre cheminement féministe.