Simplicité – F. Chopin

« La simplicité, c’est la réussite absolue »

Frédéric Chopin

Je sais pas si vous êtes comme moi, mais globalement, je remarque que j’ai toujours tendance à compliquer pas mal mes projets. Je veux tellement bien faire, que je m’en rajoute inutilement. Faire un petit-déjeuner pour une personne que l’on aime, c’est une si jolie marque d’affection. Mais vouloir en faire une expérience gastronomique inoubliable est-ce que cela a du sens ? Ce qui compte, c’est le geste, l’intention, la pureté d’un oeil à la coque, parce que cette personne adore ça. Simple. Ce mot, je ressens le besoin de me le répéter en permanence depuis quelque temps. Dans l’écriture de mes articles, dans celle de mon roman, dans mes relations aux autres, dans la construction de mon activité. Et quel soulagement lorsqu’enfin j’y parviens ! La simplicité, c’est pour moi l’objectif ultime et l’une des clés du bonheur. Alors cette semaine, tentons de lâcher ces peurs qui nous incitent à nous prendre la tête, pour tenter une autre scénario. Une nouvelle histoire qui répondrait à cette question :

« Comment je ferais cela, avec simplicité? »

Je nous souhaite à toutes et à tous, la semaine la plus simple possible ! 😉

Un trésor de famille – Episode 9

Pour ceux qui auraient loupé le début de l’histoire.

Mégane, Hector et Athéna sont de retour au château, celui d’Adrien, dans le monde des esprits. Un château qui ressemble à s’y méprendre à celui d’Archibald depuis lequel Mégane est parvenue jusqu’ici, mais l’ambiance y est très différente. Athéna connaît les coulisses du château comme sa poche et les conduit sans encombre jusqu’au caisson métallique renfermant la plume magique en passant par un passage connue d’elle seule. Mégane, Hector et Athéna se retrouvent, comme hypnotisés par la lumière multicolore qui se diffuse au travers de l’épaisse paroi de verre.
– Ohlala, comme elle est belle !
– C’est une plume très rare, elle provient d’un Paon céleste. Il n’en existe plus que quelques-unes dans le monde, car les paons célestes ont malheureusement disparu.
– Pourquoi Archibald et Adrien se disputent-ils cette plume ? Je doute que les deux frères s’intéressent aux animaux rares.
– En effet. Cette plume a un pouvoir magique. Celui de rendre réelle toute histoire écrite avec sa pointe. L’imagination crée et la plume fait exister.
– Tu es sûr de toi, Hector ? Cela paraît incroyable.
– Je crois qu’Athéna et moi sommes bien placés pour le savoir. Comment crois-tu que nous soyons devenus un chien et un chat ?
Athéna se rapproche de la porte principale de la pièce et renifle le mince filet d’air qui passe dessous.
– Dépêchons-nous mes amis, je sens la présence d’Adrien à proximité. Il doit nous attendre au bas de l’escalier qui monte à cette tour, car il ne connaît pas le passage secret que je vous ai fait prendre.
– OK, dans ce cas il n’y a plus qu’a casser la vitre de ce coffre pour récupérer la plume et nous enfuir aussi vite que possible par là ou nous sommes arrivés.
Mégane inspecte le reste de la pièce, a la recherche d’un objet qui lui permette de forcer la serrure du coffre. Elle repère rapidement un vieux tisonnier à proximité de la cheminée en pierre. Elle le prend en main pour jauger de son poids et retourne près d’Hector et Athéna.
– Je crois que nous n’avons pas le choix. Je vais essayer de casser cette vitre. Je ne suis pas sure d’en avoir la force, mais je ne vois pas d’autres solutions.
Les trois amis retiennent leur souffle, conscients que cette tentative désespérée et leur dernière chance de retrouver leur apparence et de quitter le monde des Esprits.

Le bruit tonitruant généré par le choc prend tout le monde par surprise. Le tisonnier, loin de faire la moindre égratignure sur le verre, rebondit avec un son de cloche ultra puissant qui souffle Mégane, Hector et Athéna comme des fétus de paille. Ils sont projetés avec force contre les murs de l’étroite Tour et sont sonnés aussi bien par le volume du vacarme que par le choc. Lorsqu’ils relèvent enfin la tête, le sosie d’Archibald se tient devant eux, un sourire satisfait sur le visage.
– Bonjour mes amis. Il me semble que vous m’avez sonné ? Dit-il avant de partir dans un grand rire effrayant.
Mégane est terrorisée. Elle sent son corps comme paralysé. Hector et Athéna à ses cotés ne semblent pas être en meilleure forme. Sa peur monte d’un cran quand elle se rend compte qu’elle ne parvient plus a bouger ne serait-ce qu’un seul de ses doigts.
– Ma Chère Athéna, quand comprendras-tu que la fréquentation de ton chat de fiancé est une mauvaise fréquentation ? Mais qui voila ? Une fillette ? Archibald perd vraiment tout sens commun s’il croit qu’une enfant peut s’emparer de ma plume !
Adrien s’approche de Mégane et lui relève le visage pour la regarder de plus près. La pauvre Mégane n’a plus la force de bouger et elle se retrouve impuissante les yeux tout à coup rivés à ceux d’Adrien.

Pendant un instant, rien ne se passe. Le temps est comme suspendu. Adrien lui-même semble tétanisé. Son regard détaille frénétiquement les contours du visage de Mégane et ses lèvres commencent à s’agiter avec des paroles décousues et incompréhensibles.
– Non… Ici… Ca veut dire… Je croyais… Comment est-ce que… Abigaël, est-ce toi ?
Mégane voit le visage de son interlocuteur se métamorphoser sous ses yeux. Un visage duquel toute méchanceté et toute colère ont tout à coup disparu.
– Abigaël, qu’est ce que tu fais ici ? Tu ne devrais pas te promener dans le monde des Esprits. Archibald s’imagine que je vais te donner la plume pour te sauver ? Je ne peux pas faire cela. Je ne peux pas perdre la plume. Elle est tout ce qu’il me reste pour rester en lien avec les autres mondes !
Mégane se tait. Elle a bien trop peur de révéler son identité et de se mettre en danger. Mais Adrien s’approche encore, il tient la torche plus près de son visage pour la scruter.
– Tu n’es pas Abigaël. Abigaël a les yeux bleus, les tiens sont marrons… Qui es-tu ? Réponds !
– Je suis Mégane. Abigaël est le nom de ma Grand-mère. C’est d’elle dont vous parlez ?
Les yeux d’Adrien s’arrondissent et il fait un pas en arrière, comme si elle l’avait frappé.
– Je vois… Je suis stupide, je l’aurais su si Abigaël était morte, elle est donc toujours vivante.
– Bien sûr que ma Grand-mère est vivante ! Comment la connaissez-vous ?
Adrien ne répond rien. Il sort une clé toute tarabiscotée de sous sa large cape et s’approche du coffre pour se saisir de la plume. Une fois dans sa main, la plume change de couleur et devient d’un vert lumineux. Sans un regard vers Hector et Athéna, il s’installe à un petit bureau installé dans le recoin de la pièce et sort une grande feuille qui ressemble a du parchemin.
– Mégane, tu n’as rien à faire ici. Je te renvoie d’où tu viens. Abigaël doit être morte d’inquiétude…

La suite, la semaine prochaine !

Un trésor de famille – Episode 7

Pour ceux qui auraient loupé le début de l’histoire.

Mégane flotte, à moins qu’elle ne vole? Elle est comme propulsée dans les airs à vive allure et sa trajectoire semble toute tracée. Elle est attirée comme un aimant vers une destination inconnue. Et, de là où elle se trouve, Archibald n’est déjà plus qu’une minuscule tache de couleur. Elle est tombée dans le piège qu’il lui a tendu avec son chocolat chaud. Mégane aurait dû se méfier, mais étrangement, elle ne s’inquiète pas trop. Elle a la certitude d’être là où elle doit être. Tout cela peut paraitre très étrange, mais à la minute où elle a appris l’existence de cette plume, elle a sut qu’il était très important pour elle de la retrouver. Archibald l’a peut-être manipulé, en mélangeant une potion à son chocolat, mais en réalité, elle aurait été partante de toute façon. Trop occupée par ses pensées, Mégane ne s’aperçoit pas qu’elle a fermé les yeux, et quand elle décide de les rouvrir, elle se découvre, avec surprise, assise dans le fauteuil face à Archibald, comme si rien ne s’était jamais passé.
– Il semblerait que votre chocolat ne soit pas très efficace !
Archibald parait pensif, il la regarde sans réagir, puis finit par pousser un grand soupir.
– Enfin bon, les dés en sont jetés. Tu sais où me trouver.
Puis il se lève et disparaît par la porte par laquelle il était arrivé avec son plateau et les tasses de chocolat. Peut-être la cuisine ?

Mégane se lève du fauteuil. Enfin, elle pense à se lever du fauteuil, et elle se retrouve, en un instant, debout face à ce mur de livres, que constitue la gigantesque bibliothèque d’Archibald. Elle se sent un peu désorientée, car elle n’a pas la sensation d’avoir marché jusque là. Elle regarde ses pieds et sent un léger courant d’air lui chatouiller les mollets.
– Hector, c’est toi ?
– Oui Mégane, je suis avec toi. Nous sommes dans le monde des esprits.
– Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu vois bien que nous sommes toujours dans le Salon d’Archie.
– Tu as raison, et pourtant, nous sommes aussi dans le monde des esprits. Regarde dans le fauteuil d’où tu viens ?
Mégane se retourne pour se découvrir elle-même, affalée dans le fauteuil, inconsciente, avec Hector sur les genoux.
– Mais qu…
– Je sais que je ne t’apporte pas de bonnes nouvelles depuis quelque temps, mais… nous sommes morts.
– QUOI??!
– Ne panique pas! Ça me fait toujours flipper les gens qui paniquent… Archie a un peu enjolivé la situation. En réalité, le monde des esprits n’est accessible que par les morts, c’est la condition unique et incontournable pour être ici.
– Tu veux dire qu’il m’a volontairement empoisonnée?! Mais pourquoi aurait-il fait cela ? C’est horrible !
– Par cupidité, par rivalité, par bêtise, que sais-je ? Les hommes font tout un tas de choses horribles sans raison valable. Archibald est obnubilé par cette plume depuis tellement d’années. Mais ne t’inquiète pas, je vais pouvoir te guider.
– Tu es déjà venu ici ?
– Bien sûr, plus d’une fois. Tu sais que les chats ont neuf vies ? Tiens regarde, le passage est dégagé.
Mégane se retourne face à la bibliothèque, et là où, une minute plus tôt, se tenaient des rangées de livres anciens, se trouve maintenant l’embrasure d’une porte grande ouverte. Hector entre le premier, et l’invite à le suivre. Sans transition, ils se retrouvent tout deux dans un magnifique jardin à l’anglaise, avec un joli gazon vert, coupé très ras, et des bosquets de fleurs multicolores. Mégane reste subjuguée un moment par ce nouveau décor.

– Bon, et bien il nous faut trouver cette plume n’est-ce pas ? Voyons cette carte qu’Archie m’a donnée.
– Laisse tomber la carte, Mégane, il nous faut d’abord retrouver ma dulcinée.
– Ta quoi ?
– Mon amoureuse, ma fiancée, l’amour de ma vie… Dieu que ton vocabulaire est limité !
– Ne sois pas désagréable Hector. Je suis contente pour toi de te savoir amoureux, mais je ne vois pas le rapport avec ma mission de retrouver la plume. Je crois que nos chemins se séparent ici. Et étant donné ton caractère, tu ne vas pas me manquer !
– Pardonne-moi si j’ai été brusque. Je suis à cran. Cela fait des années que j’attends cette opportunité. Et d’ailleurs, sache que ma douce Athena est la seule à pouvoir approcher la plume sans l’autorisation de son propriétaire actuel. Elle est donc la seule à pouvoir t’aider.
– Explique-toi, je ne comprends rien à ce que tu racontes.
– La plume appartient aujourd’hui à Adrien, le frère jumeau d’Archie. Il est mort en emportant la plume avec lui. C’est un vieil esprit, revêche et malveillant, qui s’en sert pour écrire des incantations maléfiques. En suivant la carte, tu auras tout le loisir de faire sa connaissance, et je te souhaite bien du plaisir ! Au mieux, il te gardera pour se distraire, au pire, tu finiras, comme ma tendre Athena, transformée en « je ne sais quel animal » et condamnée à errer dans les couloirs du château pour l’éternité.
– Qui me dit que ce que tu racontes est vrai ? Archibald n’a pas parlé d’un frère, encore moins d’un danger particulier.
– Archibald ne t’a pas, non plus, prévenu que tu allais mourir !
– …
L’espace d’un instant, Mégane écoute cette petite voix en elle, qui, depuis le début de l’aventure, a toujours été de bon conseil.
– D’accord Hector. Finit-elle par répondre. Qu’est-ce que tu proposes ?

La suite, mercredi prochain…